(1) Les usages orphelins, un tunnel dont on ne voit pas encore la sortie

Difficile d’estimer le nombre exact de problématiques phytosanitaires ne disposant pas de solution efficace et durable en Europe… Cependant, selon un rapport de la commission européenne paru en 2014, plus de 1400 usages non pourvus auraient été référencés ! Dans ce premier volet, zoomons sur cette problématique qui a pris de l’ampleur ces dernières décennies et dont les impacts sont forts à tous les niveaux (économie, santé, environnement…). Dans un deuxième volet, nous nous focaliserons sur les solutions mises en place pour y remédier.

Usages mineurs, usages orphelins, de quoi parle-t-on ?

Etiqueta tipo app azul simbolo diccionarioEn protection des cultures, un usage correspond à « l’emploi auquel est destinée une préparation phytopharmaceutique, généralement constitué d’un couple « plante – organisme nuisible » et complété éventuellement par des précisions sur le mode ou le champ d’application » (Index phytosanitaire ACTA). Chaque usage doit être homologué.

Les usages mineurs correspondent aux usages touchant soit des cultures mineures, définies au niveau national en fonction de critères de surface (< 20 000 ha) et de volume de production (< 400 000 T), soit des maladies ou ravageurs d’importance limitée sur des cultures majeures.

Les usages orphelins (ou non-pourvus) correspondent aux usages pour lesquels un producteur se retrouve sans solution autorisée satisfaisante. Il s’agit en grande majorité d’usages mineurs mais de plus en plus de cas concernant des cultures et/ou usages majeurs sont également identifiés (lutte contre les rongeurs dans les prairies, désherbage des haricots).

Chaque pays établit son propre catalogue des usages. Les usages mineurs/orphelins diffèrent d’un état à l’autre.

Une problématique qui a pris de l’ampleur au cours des 20 dernières années

Gewchshaus mit BewsserungsanlageLe nombre d’usages orphelins a fortement augmenté ces 20 dernières années. La réglementation s’est en effet durcie au niveau européen. Ainsi, entre 1993 et 2009, plus de 70% des substances actives ont été retirées du marché.

De plus, le processus d’homologation est long et coûteux. Le rapport entre le gain éventuel et le coût de l’homologation peut décourager les firmes phytosanitaires. Les agrochimistes préfèrent se concentrer sur des produits ayant un retour sur investissement important. Or, les cultures mineures ne représentent pas à leurs yeux un potentiel suffisant.

Enfin, le réchauffement climatique, ainsi que l’intensification des échanges internationaux de denrées, ont engendré l’apparition de nouveaux risques phytosanitaires au sein de l’Union européenne.

Un impact économique majeur

Euro SignL’utilisation du terme « usage mineur » peut donner l’impression que la dimension économique du problème est également mineure. C’est pourtant loin d’être le cas !

Les usages mineurs concernent pour beaucoup des cultures spécialisées à haute valeur ajoutée telles que les fruits, les légumes ou les plantes ornementales. Ces cultures spécialisées représentent un chiffre d’affaire annuel européen de 70 milliards d’euros, soit 22% du chiffre d’affaire global des productions végétales.

Or beaucoup des usages mineurs sont orphelins. Selon le rapport de la Commission Européenne, la problématique concernerait, au niveau européen, 9 millions d’hectares. L’impact économique direct est estimé à plus d’un milliard d’euros par an.

A ceci s’ajoutent les impacts socio-économiques (chômage) et environnementaux (perte de la biodiversité) causés par l’arrêt de productions traditionnelles dans certaines régions. Par exemple, la production de radis dans le Val de Loire et autour de Lyon décline fortement depuis plusieurs années. Ce déclin est en grande partie lié aux pertes de rendement issues des dégâts causés par les ravageurs, les maladies et la présence d’adventices. Le coût des impacts socio-économiques et environnementaux est estimé, au niveau européen, à plus de 100 millions d’euros.

Des conséquences à tous les niveaux

man and woman shapes in clover fieldLes pertes engendrées par les usages orphelins peuvent inciter les producteurs à arrêter certaines cultures, entraînant une baisse de la diversité des produits végétaux accessibles au consommateur.

La diminution du nombre de marchandises disponibles sur le marché (pertes des récoltes plus diminution de la qualité) entraîne également pour le consommateur une hausse des prix.

Cette situation peut avoir un impact sur l’environnement et la santé humaine. En effet, l’absence de solution peut encourager les producteurs, malgré les contrôles fréquents, à utiliser des solutions illégales. Cette situation perturbe, comme le souligne ForumPhyto dans son billet Les Usages orphelins (usages non-pourvus, usages mineurs), « les relations de confiance nécessaires entre producteurs, intermédiaires, distributeurs et consommateur final ».

Les instances, tant européennes que nationales, ont conscience du problème. Des solutions réglementaires et opérationnelles ont été mises en place pour limiter le nombre d’usages orphelins. Nous vous les présenterons dans notre prochain billet.

 

Sources :

 

Crédits photos :
Light strips in the tunnel - © Tatiana Shepeleva
Etiqueta tipo app azul simbolo diccionario - © teracreonte
Gewächshaus mit Bewässerungsanlage - © Jürgen Fälchle
Euro Sign - © md3d
Man and woman shapes in clover field - © Jonathan Stutz
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Juliette Clément
Votre contact : Juliette Clément
Chargée de veille Diplômée en biologie et en science de l'information, Juliette a les yeux et les oreilles grands ouverts. Elle recueille, analyse et diffuse les informations stratégiques (avancées scientifiques, technologiques, juridiques…) sur lesquelles vont s'appuyer les clients et les équipes Vegenov pour avancer dans leurs projets.