Agribalyse, une base de données publique pour une alimentation durable

Face au changement climatique et aux enjeux écologiques, une transition agricole et alimentaire est nécessaire. Dans ce contexte, l’INRAe et l’Ademe ont travaillé conjointement sur un programme visant à contribuer à l’amélioration des pratiques, du champ à l’assiette, pour une alimentation durable. Une base de données, Agribalyse, a été développée. Elle met à disposition, d’une part, des données, indicateurs et méthodologies de référence pour la conception écologique de produits alimentaires (recettes, menus). Elle apporte, d’autre part, de l’information aux consommateurs. Que contient Agribalyse v3.0 ? Quelles utilisations en sont faites? Quelles améliorations sont prévues ? C’est ce que nous allons tenter de récapituler dans ce billet.

Qu’est-ce que le programme AGRIBALYSE® ?

Le programme AGRIBALYSE® existe depuis 2010. Il consiste en :

  • une base de données publiques comprenant des données de référence pour 2500 produits alimentaires transformés et 200 produits agricoles bruts ;
  • un dispositif méthodologique de référence pour l’analyse environnementale des produits agricoles et alimentaires ;
  • des travaux de recherche pour améliorer les méthodologies et les données ;
  • un réseau d’experts qui accompagnent les utilisateurs pour la compréhension et la diffusion des travaux (documentation, formations, journées techniques) ;
  • une dynamique d’amélioration continue : la base de données, en constante évolution, suit les avancées de la science ; elle est enrichie et mise à jour régulièrement, et validée dans le cadre d’un partenariat veillant à leur qualité et leur transparence.

Zoom sur les données d’Agribalyse

Les données d’Agribalyse ont été collectées par plus de 100 scientifiques. Elles sont fondées sur la méthode de l’Analyse du Cycle de Vie (ACV). Cette méthode permet de quantifier les impacts environnementaux d’un produit sur l’environnement à toutes les étapes de son cycle de vie (ex : production au champ, transport, emballage, etc.). Elle prend en compte différents enjeux environnementaux (climat, eau, air, sol…).

https://doc.agribalyse.fr/documentation/methodologie-acv

A chaque étape du cycle de vie d’un produit, 14 indicateurs d’impacts sont calculés à partir des bilans de matières, d’énergie et d’émissions de polluants et sont rapportés au kilogramme produit. Selon le contexte d’utilisation, des indicateurs complémentaires doivent venir compléter ces indicateurs (ex: indicateurs de biodiversité, bien-être animal, qualité nutritionnelle etc.).

Un score unique (indicateur agrégé) est ensuite calculé avec des facteurs de pondération pour chacun des indicateurs ; la pondération prend à la fois en compte la robustesse relative de chacun de ces indicateurs et les enjeux environnementaux. Plus le score est faible, moindre est l’impact environnemental. L’intérêt de ce score est de pouvoir comparer l’impact environnemental entre produits proches, par exemple entre le produit brut et le produit cuisiné. De plus, une note de qualité (DQR) est associée à ce score calculé pour chaque produit – de 1, très bon, à 5, très mauvais. Dans la base de données Agribalyse, 67 % des données ont une qualité jugée bonne ou très bonne (1 à 3).

Des utilisations variées de la base Agribalyse

Les données d’Agribalyse sont disponibles sous deux formes différentes, en fonction des connaissances de l’utilisateur sur la méthodologie ACV. Elles ont diverses utilisations possibles, résumées dans le diagramme ci-dessous :

Agribalyse : Une base de données publique pour de nombreuses utilisations (source : https://www.agribalyse.fr/documentation/le-programme-agribalyse/introduction )

L’ACV permet à toute entreprise qui s’intéresse à son impact sur l’environnement de prioriser ses actions (agricole, logistique, transformation de produits etc.).

Les indicateurs d’Agribalyse permettent notamment d’évaluer les gains environnementaux en cas de changement de pratiques par les agriculteurs ou les fabricants. Par exemple, chez CRISTAL UNION, entreprise qui produit du sucre, un travail a été réalisé sur les itinéraires techniques de la transformation jusqu’au conditionnement du sucre. Ainsi, pour le conditionnement de 1kg de sucre, le simple remplacement du carton d’emballage rigide avec le bec verseur par du papier craft a permis de perdre 90% d’impact environnemental (témoignage Julien Coignac, CRISTAL UNION).

Agribalyse permet également de mettre en évidence l’impact des régimes alimentaires des consommateurs sur l’environnement. Par exemple, une très bonne corrélation existe entre calories consommées et émission de Gaz à Effet de Serre (GES).

Cela va permettre de progresser sur les recommandations alimentaires durables avec des dimensions environnementales, en plus de la dimension nutritionnelle déjà bien renseignée. Le consommateur sera mieux informé et pourra prendre en compte l’impact environnemental dans ses choix alimentaires. Dans l’idéal, l’information devrait être donnée au niveau du produit (comme pour le Nutriscore) mais cela est encore trop complexe à ce stade.

AGRIBALYSE® 3.0 : quelles nouveautés sur les données agricoles ?

Les données agricoles disponibles dans la version 3.0 correspondent aux mêmes données que celles déjà disponibles dans la version 1.3, avec des améliorations et des enrichissements :

  • ajout de produits manquants (nouveaux fruits et légumes, intégration de produits de la mer) ;
  • enrichissement important des données sur les productions en agriculture biologique (résultats du projet ACV BIO).

Lors du colloque de présentation d’AGRIBALYSE® 3.0, Hayo van der Werf, chercheur à l’INRAe, a mis en exergue les défis posés par l’agriculture biologique pour la méthode ACV.

Dans la méthodologie utilisée jusqu’alors, basée sur le système de production conventionnel, c’est le rendement qui prime, avec l’expression des impacts de production par kilo de produit. La fonction territoriale de l’agriculture est ignorée dans la méthode ACV. Hors, en agriculture biologique, c’est la biodiversité, la qualité de l’eau, le bien-être animale et la qualité du sol, entre autres, qui sont au premier plan, devant le rendement. L’agriculture biologique pose la question de la multifonctionnalité de l’agriculture avec tous les impacts et interrelations qu’a celle-ci avec l’environnement, en particulier le territoire, ainsi que les autres activités économiques implantées localement. Il faudrait donc exprimer les impacts de la production par unité de produit et par unité de surface.

L’autre particularité de la base ACV BIO est la prise en compte de la diversité des productions en agriculture biologique, avec, pour chaque type, la quantification des performances environnementales (par kilo de produit et hectare occupé). Ce n’est donc pas une moyenne de différents types de productions qui est utilisée comme référence, même si tous les systèmes ne sont pas encore représentés.

Les limites de la méthodologie ACV et d’Agribalyse

Lors du colloque de présentation d’Agribalyse, des pistes d’améliorations et besoins d’évolution des indicateurs ACV ont été listés :

  • La quantification du stockage et déstockage du carbone dans les sols et sa prise en compte dans l’impact sur le changement climatique
  • L’impact de l’usage des produits phytosanitaires sur la santé des hommes et des écosystèmes
  • Une meilleure représentation de l’ensemble des pressions et des pratiques favorables à la biodiversité, en agriculture biologique mais aussi conventionnelle
  • Une description plus précise des consommations d’eau au niveau agricole
  • Une meilleure description des processus de transformation et l’utilisation des co-produits dans les industries agro-alimentaires
  • La spatialisation de certaines catégories d’impacts
  • Le couplage des indicateurs d’impact avec des indicateurs sur les services éco-systémiques
  • La complémentation avec d’autres indicateurs (issus d’autres bases de données)
  • Le modèle lui-même, notamment pour prendre en compte l’impact du transport entre le lieu d’achat et le domicile du consommateur
  • L’intégration des produits Bio transformés
  • L’intégration de la dimension terroir ou territoire (RMT MAEL vise justement à consolider les scenarios alimentaires avec différents scenarios territoriaux en France et en Europe)
  • L’intégration de la rotation, du travail du sol, de la main d’œuvre, des conditions dans lesquelles les cultures sont conduites (considérer les précédentes cultures, les résidus etc.)
  • La consolidation des données sur toute la chaine de valeur de l’amont au produit fini (travail collectif à réaliser)
  • L’intégration de différents scenarios de traitements phytosanitaire et de lutte intégrée (par exemple, 15 000 microparcelles de R&D sont mobilisées pour tester différents traitements, et leur impact environnemental en betterave, les temps de demi-vie des molécules, leur impact sur sol etc. sont étudiés en complément)
  • Le renforcement de la formation pour aider les acteurs à utiliser Agribalyse en plus d’un effort pédagogique à réaliser car les données ACV sont difficiles à analyser et les indicateurs peu compréhensibles sans formation préalable.

À court terme, cela signifie que quand on utilise l’ACV ou que l’on présente des résultats tirés d’analyses à partir de la base d’Agribalyse, ces limites doivent être soulignées explicitement.

Conclusion

Agribalyse a déjà 10 ans mais s’avère être un outil particulièrement utile aujourd’hui et dans les années qui viennent alors que nous nous trouvons en pleine transition agro-écologique et alimentaire. Les limites d’Agribalyse et de la méthode d’analyse sous-jacente sont avérées mais les efforts de collecte de données et d’amélioration in situ continuent sur leur trajectoire pour rendre cette base accessible par le plus grand nombre. C’est, de plus, un très bon exemple au niveau international d’utilisation des données ACV pour influer sur les décisions du secteur agro-alimentaire. Pour que cet outil monte en puissance par l’intégration de données élargies au niveau de l’Europe, voire au-delà, des collaborations internationales doivent être construites et consolidées. Agribalyse a donc encore de beaux jours devant elle !

Sources :

Présentations réalisées le 29 septembre 2020 lors du colloque de présentation de la nouvelle version de la base de données publique Agribalyse développée conjointement par l’INRAe et l’ADEME

Crédits photos : BIO - © gilles lougassi - #26208197 ; Enfant tracteur - © Jacek - #277658395

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